Emilangues

Motivations et freins des enseignants

Soumis par MAURICE le mar, 10/10/2006 - 17:45.
Version imprimableEnvoyer à un amiLes projets d'échange et notamment les projets d'échange à distance, c'est-à-dire des projets de production coopérative entre élèves de langues et cultures différentes, sont à mon avis parmi les projets les plus efficaces qu'un enseignant de langue puisse mener pour mobiliser les énergies d'apprentissage, de curiosité linguistique, d'ouverture interculturelle de ses élèves. Je travaille en formation et en recherche action dans ce domaine depuis de nombreuses années avec des professeurs de France et de différents pays d'Europe qui s'impliquent avec passion et succès dans ces projets. Mais je m'étonne toujours de constater que ces pratiques pédagogiques restent minoritaires, notamment en France. Certes, il est vrai que mettre en oeuvre un projet basé sur l'échange et le travail coopératif entre deux classes, entre deux professeurs appartenant à deux systèmes éducatifs différents n'est pas toujours évident; que l'on peut parfois avoir l'impression qu'il faut "soulever des montagnes" pour trouver les bons partenaires, pour mobiliser et organiser sa classe vers ce nouveau mode de travail, pour se familiariser avec les outils informatiques nécessaires à ces types de projets, … et aussi pour se repérer efficacement dans les différents programmes européens ou binationaux … ; Entre la tradition de la correspondance scolaire, souvent perçue comme un peu désuète et les projets européens, comme trop ambitieux, il semble que les enseignants de langues ont parfois du mal à "oser" leur propre projet, celui qui pourrait correspondre à la fois à leur contexte, à leurs compétences et aux besoins de leurs élèves. En fait, je m'interroge sur les freins concrets, sûrement très divers, qui empêchent un développement plus fluide de ce type de pratiques et sur les éléments moteurs qui à l'inverse favorisent les initiatives de projets d'échange; Je suis sûre qu'un échange sur ces sujets permettrait d'avancer et en particulier d'améliorer les propositions de formation dans ce domaine, tant au niveau académique, que national et européen. Micheline Maurice - Formatrice

Commentaires

Motivations et freins des enseignants

CERTES! Vous posez très clairement les problèmes bien souvent réels de la conduite d'un projet ! Et en particulier celui de la "solitude du coureur de fond" qui est parfois celle de l'enseignant qui mène son projet sans complicité ni soutien au sein de son établissement! En présence ou à distance ? Il n'y a ni hiérarchie de valeur, ni dogme dans cette affaire, il y a juste à identifier les bons dispositifs adéquates aux enjeux, aux objectifs visés ainsi qu'au contexte (éléments favorables ou défavorables). La PRODUCTION coopérative est un bon dispositif parce que c'est un dispositif générateur de dynamiques de travail diversifiées et par suite de responsabilisation des élèves, de possibilités pour eux de trouver des espaces de déploiement de leurs compétences afin d'en acquérir de nouvelles. Un exemple typique mais bien réel et très souvent constaté : l'élève très inhibé en langue, mais très à l'aise en informatique va pouvoir trouver sa place dans le travail en proposant ses compétences techniques, se trouver ainsi dans une posture positive dans le groupe classe et par suite, établir un autre rapport à la langue, plus productif – et cela n'est pas de l'ordre du miracle, mais simplement de l'ordre des processus de changement du rapport au savoir. Sur une des questions que vous soulevez , "les élèves aiment bien échanger pour échanger", comment exploiter pédagogiquement ces échanges ?" : je conseillerais volontiers le vieux dicton populaire: "il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier"; autrement dit: il est intéressant de créer espaces diversifiés de communication avec les partenaires : - Des espaces de communication qui doivent être liés au projet coopératif : écriture et envoi de messages et d'informations qui passeront, par exemple, par une boite aux lettres collective, par un forum ou par un dispositif de blogs – ces messages contribueront à l'avancement du projet et seront donc sous le regard de tous y compris des professeurs-pilotes du travail scolaire. - Mais, parallèlement, il peut être très intéressant, tant du point de vue de la responsabilisation et l'implication des élèves que de celui de leur usage de la langue, de leur ouvrir la possibilité d'écrire, s'ils le souhaitent, des messages totalement libres à leurs partenaires par le moyen de boites aux lettres individuelles, soit leurs boites personnelles s'ils sont équipés chez eux, soit en leur créant des boites aux lettres qu'ils pourront consulter dans l'établissement, au CDI par exemple. Ces espaces de communication ne relèveront que de leur propre responsabilité; aucun objectif didactique ne sera fixé, il s'agira simplement de donner la possibilité aux élèves de s'écrire s'ils le souhaitent ; si le dispositif fonctionne, si les élèves semblent satisfaits par ces correspondances, ce "travail d'écriture personnelle" pourra éventuellement trouver une surface publique, par une proposition de réalisation d'un "Recueil de correspondance" pour lequel, sans aucune obligation, ni pression, les élèves qui le souhaitent apporteront leurs meilleurs messages . Je trouve fort intéressante votre idée de projet sur les canaux avec vos correspondants de Bruges. L'ensemble des objectifs que vous évoquez ne sont pas disjonctifs mais complémentaires, comme le sont toujours les objectifs dans une pédagogie de projet, et notamment de projets fondés sur la coopération qui peuvent permettre d'atteindre des objectifs de construction de "savoirs/connaissances", mais aussi de "savoir-faire / compétences" et enfin de "savoir-être". Micheline Maurice Formatrice

Motivations et freins des enseignants

Salut tout le monde ! Bon je vois que nous sommes aussi bavards sur Emilangues que sur les autres forums et listes de profs de langues (c'est pas pour rien qu'on nous appelle des profs de LANGUE apparemment! Et le plus amusant c'est que c'est toujours pour dire des choses passionnantes! Donc pardon si je dis des choses qui ont été dites avant moi, bien que je me sois efforcée de lire un maximum de ce que vous avez écrit. Le week end dernier j'étais au salon de Montreuil pour la littérature de jeunesse et c'est là que j'ai appris l'existence d'Emilangues, et pourtant je suis une fidèle de PrimLangues (intervenante en primaire) et mon collège a une option euro depuis 4 ans au moins! bizarre! Bref, un des responsables du ciep qui s'occupe d'Emilangues, M. Delaporte, m'a conseillé d'aller faire part de mon "expérience" en matière d'échanges sur le forum alors me voilà. Tout ce que j'ai lu correspond à des trucs que j'ai vécus ou pensés depuis que je cherche à trouver des "corres" en tous genres du CE2 jusqu'aux 3ème euro! La dernière chose que j'ai en tête après ma lecture c'est le passage de françoise v concernant le regard que portent les collègues sur notre agitation et la déception que nous éprouvons en voyant que cette "agitation" ne semble pas tellement donner envie aux autres de se lancer. Mais ça viendra. Cette année par exemple il m'a fallu courir après les collègues pour qu'ils s'intéressent à une demande de candidature pour les appariements avec des établissements anglais du type Language Colleges dans le cadre SE/LC proposés par l'institution qui chapeaute Emilangues, j'ai nommé le ciep. (avez-vous déposé une candidature vous aussi?) Mais heureuse surprise, si un certain nombre de collègues ont accepté d'"entrer" dans le pré projet pour me faire plaisir, un nouveau collègue ...de sport, m'a dit être particulièrement intéressé! Et par la suite un ou deux collègues (un de maths qui a une fille en 6ème dans l'établissement qui pourrait être concernée, donc le collègue se sent plus concerné lui aussi, et un ou deux d'histoire géo ed civique ont lu de plus près et dit "oui, ça pourrait être intéressant". Le problème, c'est qu'on monte un projet, on présente sa candidature et on est loin d'être sûr d'être accepté, surtout quand on est un petit collège rural loin des lieux où souffle l'esprit et donc loin des oreilles attentives des autorités qui me paraissent très "décidantes". On verra bien. Et aussi autre problème c'est que l'année suivante, celle où commencera l'appariement si appariement il y a, certains collègues seront partis et ceux qui ne savent pas s'ils seront là peuvent difficilement préparer un projet auquel ils ne participeront probablement pas! En attendant, je passe la plupart du temps par des démarches moins officielles. Et je vais en décrire qques uns dans un article à part. Je termine cette "réponse" qui n'en est pas une par une remarque à ne pas prendre mal (d'autant que dès mon début sur Emilangues j'attaque fort avec déjà plus de 50 lignes pour ma première réponse. Il me semble que dans les forums moins "professionnels" les membres se contentent de réagir en qques mots ou une ou deux phrases, et c'est plus facile à lire, même si on a 10 fois qques phrases que nos pavés. On approche du nouvel an, et si on décidait (pour changer des bonnes résolutions du style "cette année j'attache ma ceinture dès que je monte en voir=ture" de réduire nos interventions en longueur? Ne vous fâchez pas, ne vous récriez pas, c'était juste une proposition (que je calque sur mes consignes aux élèves quand ils font une affiche qui présente le résultat de leur recherche : mieux vaut 10 fois une phrase qu'une fois 10 phrases si tu veux que les autres aient le courage de te lire!) Mais bon j'espère que je ne vais pas me fâcher avec vous tous pour si peu, et je continuerai dans le sens qui vous agréera! Merci pour ce site, et merci pour vos contributions! Françoise Pistre

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Citation :
Deuxième temps : votre propre travail: En effet, la liste n'est pas une liste de "partenaires", mais simplement une liste de "contacts à prendre" ; c'est alors qu'il faut entrer dans "la culture de la recherche de partenaires". Pour ce faire, il n'y a pas de "mode d'emploi", mais un conseil. Il est très utile de rédiger une lettre : Une vraie lettre - où vous expliquez votre "idée de projet" en précisant bien que cette idée ne deviendra "projet" qu'en l'associant à l'idée de projet de votre futur partenaire" : - pourquoi vous voulez monter un projet, - pourquoi vos élèves en ont besoin, - quels types d'objectifs vous souhaitez atteindre, - à quel rythme vous pouvez travailler - quelle place vous donnez à votre projet dans le cadre de votre enseignement et de vos heures de cours. - quelle production finale vous envisagez,...
Je suis d'accord avec vous sur la nécessité de ce travail préparatoire. Mais il ne faut pas oublier quand même qu'un projet se construit au minimum à deux, et que si ce que nous proposons paraît trop "bouclé d'avance", cela peut effrayer le partenaire d'une part, et d'autre part nous fait courir le risque de nous priver de ses richesses s'il décide par timidité de se contenter de nos propositions...
Citation :
Mais, en revanche ce qui est contestable c'est de tenir les échanges à distance pour des "échanges au rabais".
Là aussi, je suis tout à fait d'accord avec vous. Cependant, il est très difficile d'adhérer "par principe" à quelque chose que l'on a encore jamais fait ou jamais vu. La résistance au changement est une réaction naturelle. Il convient de la surmonter, évidemment, mais ce n'est pas simple. Dans mon cas précis, une telle adhésion s'est faite "sur le tas" et en douceur, au fil de plusieurs années: désireuse de gérer un échange scolaire classique, je me suis retrouvée à monter des comédies musicales et à découvrir que finalement, c'était mille fois mieux qu'un échange scolaire classique. Et pourtant, c'était encore un échange physique, donc la différence par rapport à un échange virtuel était encore infime. Mais il m'a quand même fallu le temps de comprendre, de réfléchir, faire cette démarche d'adhésion par moi-même. J'ai commencé il y a 13 ans, et je n'ai finalement véritablement acquis (en trois ou quatre ans!)que la conviction absolue de la nécessité d'une production, à l'intérieur, donc, d'un échange physique. Mon adhésion aux échanges virtuels n'est encore qu'assez théorique, et encore... car un échange virtuel m'apparaît surtout comme le moyen principal d'optimiser l'échange physique... Mais bon, le principe commence à me convenir... Cependant, je pense être la seule de mon établissement à avoir ce profil. Et comme cela fait 13 ans que je vis ce type de choses, je n'ai pu que constater que mon enthousiasme bien sincère ne suscitait pas spécialement de vocations... Car que voient mes collègues lorsqu'ils me voient à l'oeuvre? Certes, ils m'entendent parler (je suis plutôt bavarde!) des satisfactions professionnelles qu'un fonctionnement par projets d'échanges (virtuels et physiques) m'apporte, mais ils voient surtout les innombrables galères que ceux-ci me valent. Car lorsqu'on commence à fonctionner ainsi, on peut dire adieu à toute routine sécurisante. J'estime personnellement qu'il s'agit là d'un des atouts de ce mode de travail, j'y puise une énergie et un plaisir à enseigner décuplés, au bout de 19 ans de métier je trouve ça particulièrement appréciable, mais ce n'est qu'un point de vue... D'autant que des galères, il y en a! Et comme nous sommes en France, pour le moment, et concernant mon échange virtuel, elles sont principalement informatiques: salles informatiques pas toujours disponibles, nombre d'ordinateurs insuffisant, pas de possibilité de dédoublement de la classe, "emploi jeune" chargé de l'entretien du matériel disparu à la rentrée pour cause de fin de contrat et non remplacé, absence de traitement de textes dans un ordinateur sur deux, et pour finir, accès impossible aux boîtes mail de presque tous les élèves depuis cette salle, pas de port USB sur les machines, pas de souris non plus, etc etc... J'ai vécu tout ça pas plus tard que la semaine dernière. Les élèves (1ère euro) disposaient d'une heure pour rédiger leur premier mail "de présentation" à leurs correspondants, ils devaient me l'envoyer pour que je fasse un envoi groupé... mais je n'en n'ai reçu cet après midi-là que 10, sur les 25 attendus! (Et il m'en manque encore 4, et comme mes élèves sont issus de 6 classes différentes, tout manque de ce type m'oblige à leur courir derrière en permanence...) Au fait, ma collègue Belge est tombée des nues quand je lui ai raconté ça par téléphone (Le soir et à mes frais, autre frein!), inutile de vous dire qu'elle ne connait pas ce type de problème, et du coup, elle m'a proposé de lui envoyer les mails manquants par la poste, ce qui est quand même un comble!) Ceci n'est qu'un des nombreux problèmes qu'induisent les lacunes informatiques : j'en suis réduite à laisser les élèves se débrouiller chez eux sur leurs propres ordinateurs. Cela laisse de côté les 6 ou 8 qui ne sont pas équipés. Et les élèves ont l'impression que cela leur donne du travail en plus, ce qui émousse leur plaisir de participer à un projet. Autre problème: participer à ce type de projet est très ludique, malgré les difficultés techniques. Mais quand les deux s'ajoutent, arrive une idée gênante: "on ne fait rien en cours". D'abord parce qu'on ne fait effectivement pas grand chose quand les outils font défaut, et que cela ne peut que se reproduire, et puis aussi parce qu'il existe une idée préconçue très répandue, qui est qu'on ne peut pas travailler sérieusement si on s'amuse ou si on fait "différemment" de ce qui est considéré comme "pégagogiquement traditionnellement correct". Et il faut du temps aux élèves pour se rendre compte des bienfaits que leur apporte un tel projet... en attendant, ce n'est pas toujours facile pour le prof... qui n'a par ailleurs que peu d'occasions de discuter de ses soucis en terrain compréhensif, puisqu'il est seul de son espèce, seul, donc, à "se comprendre". Disparition de la sécurité psychologique et matérielle, plannifications en réajustage permanent, difficile gestion d'une classe "projet" en parallèle avec des classes "normales", solitude professionnelle... j'y ajouterais aussi le vertige devant la tâche à accomplir et un très grand sentiment d'incapacité. Vous dites en effet:
Citation :
Ainsi la langue sera enseignée dans une perspective actionnelle
Je ne peux encore une fois qu'être tout à fait d'accord avec vous, sur le principe c'est tout à fait exact. Mais je suis encore très loin d'être capable d'adapter mon enseignement au contenu du projet, et de fournir à mes élèves de quoi ils auront besoin linguistiquement parlant en temps et en heure par rapport justement à ce projet. D'autre part, je demeure assez sceptique sur la motivation à long terme d'élèves entraînés à construire ensemble une production, quelle qu'elle soit, mais choisie par leurs profs. Car rien de ce qui est imposé n'est naturel, et la séduction du premier abord peut s'émousser très vite si l'élève n'éprouve pas une motivation intrinsèque liée à son propre projet de vie... si tant est qu'il en ait un! Je ne pense pas, en effet, qu'ils intègrent tous la nécessité d'une production commune. Vous dites:
Citation :
Les échanges entre les élèves partenaires doivent être mus par une nécessité, celle de réaliser une production concrète, commune. Echanger avec d'autres n'est pas une fin en soi, mais un moyen, une méthode de travail, une démarche pédagogique pour construire des compétences, notamment langagières et des connaissances.
Mais ça, c'est un discours de pédagogue. L'élève, lui, cela ne le préoccupe pas. Il ne s'interroge pas sur ses capacités langagières, par exemple. Il se ressent comme "bon" ou "mauvais", avec une certaine forme de fatalisme plus ou moins ancré, et selon sa motivation personnelle il progressera plus ou moins scolairement. Mais à l'adolescence, échanger avec d'autres est bien véritablement une fin en soi, et si cela ne convient pas aux adultes, c'est leur problème. Notre rôle d'enseignants est effectivement de les faire progresser dans leurs capacités langagières, mais quelles sont nos chances de réussite lorsque nous nous immisçons dans le domaine privé des relations interpersonnelles entre ados? Lorsque nous tentons d'exploiter à notre profit de pédagos et pour leur bien d'élèves en voie de progrès, un relationel artificiel, parce que créé par nous, et que nous ne leur laissons aucune chance de rendre naturel selon leurs propres normes, qui ne nous intéressent pas puisqu'elles ne sont ni scolaires ni considérées par nous comme enrichissantes culturellement? Peut-être parce qu'il en reste quand même toujours un petit quelque chose, et que ce petit quelque chose nous paraît plus visible et plus enrichissant pour nos élèves que ce qui leur restera de leurs cours "normaux"? Dans mon projet virtuel personnel avec les belges, nous sommes pour le moment en phase de découverte mutuelle, et n'avons pas encore monté de projet précis, préférant tenter de nous adapter tranquillement et de monter un projet plus concret l'an prochain. Mais imaginons un instant que nous ayions décidé de travailler ensemble sur un sujet commun. Je suis à Dunkerque, ils sont à Bruges, la DNL de mes élèves est la SI, on pourrait imaginer une découverte commune des canaux (construction, fonctionnement, écluses, rôle à travers l'histoire, etc). Mais au final, qu'est-ce qui leur aura le plus apporté? Apprendre des choses sur les canaux? Savoir en parler dans une langue étrangère? Progresser par ce biais dans cette même langue étrangère? Ou avoir tranquillement et en situation découvert que des gens de cultures et de langues différentes pouvaient se parler, se comprendre, et surtout s'accepter, dans le respect de leurs différences? Mais sommes-nous (les profs) tous capables de réfléchir à de tels objectifs, les délimiter, faire notre choix parmi eux, voire même avant tout, tout simplement avoir conscience qu'ils sont possibles? F. Varillon Anglais Dunkerque

Motivations et freins des enseignants

Formidable! Vous soulevez vraiment les bonnes questions, les questions clés de la pédagogie de l'échange à distance, notamment 1. La question de la recherche de partenaires sur le dispositif e-twinning 2. la question du couple en présence/ à distance, souvent nommé réel/virtuel 3. et enfin, une question centrale celle de la production concrète d'un projet d'échange Pour la première question, vous avez raison: trouver le bon partenaire ne relève pas d'une démarche MAGIQUE. Je me permets de vous donner le conseil que je donne souvent, notamment à propos du dispositif proposé par l'action etwinning [http://www.etwinning.fr] L'étape de recherche de partenaires se compose de deux temps. • Premier temps : le travail de l'outil technique Le dispositif de mise en contact proposé par etwinning (comme beaucoup d'autres dispositifs via Internet) est un outil très précieux, efficace, incontournable, mais n'est pas un outil magique! Ce n'est qu'un outil technique -une base de données- qui, à partir de quelques critères (âge des élèves, type d'établissement, langues de travail, disciplines impliquées, etc.) effectue un tri parmi les formulaires de tous les enseignants d'Europe qui se sont inscrits. Cet outil génère ainsi une liste d'établissements qui apparaît dès que vous envoyez votre formulaire (phase dite "inscription").Cette liste est d'autant plus ample que les enseignants en recherche de partenaires sont nombreux, ce qui est le cas dans l'opération eTwinning (actuellement plus de 20 000 enseignants répartis dans 27 pays sont à la recherche de partenaires) Le travail de l'outil technique s'arrête à la proposition de cette liste. Et c'est à partir là que votre travail commence. Deuxième temps : votre propre travailEn effet, la liste n'est pas une liste de "partenaires", mais simplement une liste de "contacts à prendre" ; c'est alors qu'il faut entrer dans "la culture de la recherche de partenaires". Pour ce faire, il n'y a pas de "mode d'emploi", mais un conseil. Il est très utile de rédiger une lettre : Une vraie lettre - où vous expliquez votre "idée de projet" en précisant bien que cette idée ne deviendra "projet" qu'en l'associant à l'idée de projet de votre futur partenaire" : - pourquoi vous voulez monter un projet, - pourquoi vos élèves en ont besoin, - quels types d'objectifs vous souhaitez atteindre, - à quel rythme vous pouvez travailler - quelle place vous donnez à votre projet dans le cadre de votre enseignement et de vos heures de cours. - quelle production finale vous envisagez,... Vous pouvez penser que cette étape est trop longue, qu'elle prend trop de temps, qu'elle se heurte à votre impatience de démarrer votre projet, que l'année scolaire est trop brève…. Mais il est préférable de passer du temps à gérer au mieux la promesse de réussite d'un projet plutôt qu'à gérer les conséquences de son échec La deuxième question est le thème de débats fréquents, toujours animés et parfois véhéments; j'entends souvent des professeurs de langues dire : "Rien ne vaut mieux qu'une rencontre avec des élèves "natifs", dans leur pays et leurs familles!" Certes, ces situations de rencontres entre jeunes de langues et de cultures différentes peuvent être très riches et il ne viendrait à l'idée de personne de le contester. Mais, en revanche ce qui est contestable c'est de tenir les échanges à distance pour des "échanges au rabais". Car ces types de projets ne se limitent pas aux pratiques de correspondance que l'on nomme souvent, "traditionnelles" à défaut de pouvoir clairement identifier ce qui ne fonctionne pas, ce qui lasse et ennuie les élèves qui dès le 2ème ou 3ème message ne "savent plus quoi écrire" aux correspondants que on leur a donné et dont on leur a pourtant dit qu'ils étaient leurs "amis"! En fait, ces projets, qu'on les nomme "échange à distance, partenariats coopératifs, ou jumelage électroniques" peuvent être très productifs pédagogiquement, parfois plus qu'un voyage et un séjour de 8 jours dans le pays dont les élèves apprennent la langue, à condition qu'ils soient de véritables projets. Les échanges entre les élèves partenaires doivent être mus par une nécessité, celle de réaliser une production concrète, commune. Echanger avec d'autres n'est pas une fin en soi, mais un moyen, une méthode de travail, une démarche pédagogique pour construire des compétences, notamment langagières et des connaissances. C'est bien la question de la production qui est centrale, les élèves vont avoir besoin d'utiliser la langue et d'échanger des mails, des informations, des arguments, des démonstrations, des idées et des points de vue pour parvenir à réaliser et à finaliser un produit commun: par exemple, un magazine, un roman, des récits, un recueil de poèmes, des dossiers documentaires sur thèmes, des cartographies de points de vue sur des sujets d'actualité ou des questions historiques, scientifiques, littéraires, etc. Ainsi la langue sera enseignée dans une perspective actionnelle et les professeurs de DNL pourront tout naturellement y trouver leur place et leur intérêt à introduire une pédagogie de projet, en proposant notamment des thèmes liés à leurs disciplines. Ce n'est pas forcément compliqué, l'essentiel est d'être prudent et de commencer avec un projet bien délimité si on n'a pas encore beaucoup d'expérience dans ce domaine. (Une typologie des projets d'échange à distance avec de nombreux exemples concrets – des plus simples au plus complexes- sera bientôt accessible sur le site Emilangues. En attendant, si vous souhaitez recevoir pour l'expérimenter le cdrom pilote, écrivez nous en nous donnant votre adresse postale, nous vous l'enverrons volontiers en vous demandant en échange vos remarques, critiques et suggestions) Micheline Maurice - Formatrice

Motivations et freins des enseignants

Bonjour, Je suis profondément d'accord sur la valeur des projets internationaux, et j'essaie moi-même de mettre le plus souvent possible mes classes en situation de communication authentique. Je suis très intéressée par ce sujet de discussion, et aimerais tenter de fournir des éléments de réponses à la question des freins aux échanges. J'ai été extrêmement séduite par eTwinning, auquel je me suis inscrite en septembre 2005. Mais c'est un outil tellement riche qu'il donne le vertige! Je pense qu'il est important de le signaler pour que des utilisateurs un peu hésitants n'en soient pas effrayés. Si vous allez dessus "pour voir", vous vous retrouvez immédiatement confronté à des dizaines et des dizaines d'adresses d'établissements différents dans toute l'Europe, et si vous n'avez pas vous-même un projet très précis, vous pouvez vous perdre très facilement. Par exemple, l'an dernier, je n'avais aucun projet précis, et j'ai voulu aller voir différents pays au hasard... le monde entier (ou presque)en un clic, c'est trop d'un coup! Et la recherche prend effectivement des heures... à relativiser quand on réfléchit au temps que cela prendrait si on ne disposait pas de cet outil! De plus, à l'intérieur de chaque pays, les établissements ne sont pas classés par profil ou même âge des élèves, et c'est bien normal, car les systèmes scolaires sont si différents que cela n'aurait pas forcément beaucoup de sens. Du coup, il faut tout lire sur les profils qui sont susceptibles de nous intéresser, quitte à éliminer ensuite les écoles primaires si vous êtes en lycée, par exemple, etc... (Et c'est écrit tout petit, en plus, malheureusement...) Autre problème auquel j'ai été confrontée cette année, on ne sait pas de quand date l'inscription de l'établissement qu'on regarde (ou du moins je n'ai pas trouvé comment le savoir!), et du coup on peut avoir affaire à un établissement dont le collègue intéressé par eTwinning est parti, par exemple, ou à un autre qui, ayant eu beaucoup d'espoirs lors de sa première année, mais aussi beaucoup de déceptions, préfèrera laisser tomber, etc... Voilà, me semble-t-il, trois freins concrets à l'utilisation de eTwinning. Mais les surmonter est très important, parce que les possibilités offertes sont formidablement variées, et surtout une mine d'idées et de sources d'inspiration pour mettre en oeuvre ses propres projets. Personnellement, j'ai eu une déception l'an dernier, un début de correspondance très séduisant avec un établissement finlandais, puis un arrêt brutal et sans explications autres que "j'ai été victime d'une blague", bon, grosse déception, le projet me plaisait beaucoup. Mais cette année, un projet démarre avec un établissement belge, et en plus ce sont eux qui m'ont contactée, donc je crains moins une baisse de motivation de leur part, et je suis très optimiste! A mon sens, eTwinning mérite effectivement absolument qu'on lui fasse au moins une visite de curiosité. Il permet en particulier de prendre conscience du champ des possibles en termes de projets de classes. Nous, les profs de langues, avons de la peine à imaginer un apprentissage réel de la langue autrement que par le biais d'un échange, scolaire par exemple. Il y a donc déjà un problème de représentations. Un échange seulement virtuel nous paraît a priori forcément moins bien. D'ailleurs, je n'ai pas dépassé cet a priori encore, et cherche systématiquement à mettre les élèves des deux nationalités face à face physiquement. Toujours sur les représentations, oserai-je me permettre une réflexion sur les profs de dnl? Elle n'engage que moi, et je ne cherche à froisser personne! Il me semble donc que l'idée de la valeur des échanges physiques est souvent partagée par les collègues d'autres matières, qui du fait qu'ils n'enseignent pas les langues se sentent sans doute encore moins fondés à organiser des échanges au départ, et donc s'ils ne se voient pas prendre en charge des échanges physiques, pourquoi auraient-ils davantage que les profs de langue l'idée de gérer des échanges virtuels? Il faut être intéressé par l'idée d'échange avant tout pour envisager de dépasser les complications matérielles, et la matière enseignée n'a alors, me semble-t-il, pas d'importance particulière pour la prise de décision de lancer un projet... sauf si on a un programme lourd à gérer, qu'il soit dans la classe concernée ou dans une autre... Et les programmes français sont particulièrement chargés... De plus, de tels échanges sont devenus si compliqués à réaliser que la plupart d'entre nous se sont résignés à ne rien faire. D'une part, la Grande Bretagne, objectif logique d'un projet d'échanges, est devenue un pays avec lequel il est particulièrement difficile de travailler en termes d'échanges scolaires. Enfin,la règlementation en termes de voyages scolaires est très lourde, et les parents plus souvent une source de stress qu'un soutien, sans parler des collègues "à programme" qui tolèrent mal qu'on leur prenne leurs élèves... Voici une série de freins supplémentaires, il faut avoir les épaules très larges de nos jours! D'autre part, j'ai eu l'occasion de constater (en le vivant plusieurs années de suite) à quel point la communication "parole" ou "mail" entre jeunes tourne vite en rond passé le cap des traditionnelles présentations. Alors que si les élèves sont mis en situation d'accomplir ensemble une activité commune, forcément cela se passe mieux, ils parlent plus, et une chose entraînant l'autre, trouvent davantage de choses à se dire. Par activité commune, je ne veux pas dire visiter un musée ensemble ou faire des recherches sur le même thème, mais construire, fabriquer quelque chose. (Dans mon cas, c'étaient des comédies musicales). Mais combien de profs de langue ont eu l'occasion de découvrir ceci? Peut-on le leur reprocher? Si je dis que l'échange c'est bien, mais que s'il y a activité commune, c'est mieux, je complique encore une situation déjà compliquée au départ. Le prof de langues est à l'aise en langues, il ne l'est pas forcément ailleurs, et il faut une belle confiance en soi, me semble-t-il, pour accepter la prise de risque de faire avec une classe quelque chose qu'on ne sait pas forcément faire, et pour laquelle on ne sera pas forcément ni soutenu ni reconnu... Voilà, j'ai sous estimé le temps que ce post allait me prendre, toutes mes excuses mais j'ai cours dans 10 minutes et je dois y aller, j'ai encore plein de choses à dire, que je reprendrai plus tard... En tous cas, je viens de m'inscrire au forum, et je suis ravie d'avoir enfin l'occasion de parler de ces sujets qui me tiennent à coeur! (mais lancez-moi des tomates si vous me trouvez trop longue...) F. Varillon Anglais Dunkerque

Motivations et freins des enseignants

Je crois que je peux vous donner une piste qui pourra, je l'espère, vous aider à mettre en oeuvre un projet pour atteindre vos objectifs. Cette piste c'est ETWINNING. C'est un nouveau programme européen qui invite tous les enseignants de la communauté éducative d'Europe (27 pays)à mener des échanges à distance avec un ou plusieurs partenaires européens. Pour ce faire, ce programme met à disposition des enseignants, des élèves et de tous les acteurs de l'enseignement scolaire un portail : http://www.etwinning.fr qui propose: 1. Un dispositif de recherche de partenaires, très efficace 2. Des outils informatiques pour mener à bien un projet d'échange et de coopération avec les TICE ( messagerie, chats, plateforme de travail, etc.) 3. Une grande quantité de ressources pédagogiques et d'informations techniques En outre, dès l'instant où vous vous inscrivez pour chercher des partenaires, le Bureau d'assistance etwinning de France [etwinning.drt@cndp.fr] vous envoie "le Carnet de route pour élaborer un projet d'échange à distance" qui est un outil d'accompagnement pédagogique. je vous conseille donc d'aller voir ce portail etwinning[http://www.etwinning.fr] Je reste à votre disposition pour toutes autres questions Micheline Maurice - Formatrice

Motivations et freins des enseignants

Merci! vous avez tellement raison... Je suis dans ce cas: j'enseigne l'allemand en section européenne et j'aimerais beaucoup monter un projet qui amènerait mes élèves a prendre conscience du fait qu'ils font partie de cette Europe, de leur ôter un peu de cette "peur" qu'ils semblent avoir de regarder au-delà de la frontière... mais je suis complètement perdue et ne sais pas qui pourrait m'aider. Les différents programmes européens, les subventions (très importantes)et la multitude des sites web...me plongent dans uns grande confusion! c.perrot

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