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L'interculturel : pour une pédagogie du risque

Soumis par fleury le jeu, 22/03/2007 - 10:42.
Version imprimableEnvoyer à un amiL’interculturel est à la mode, sans qu’il soit pour autant possible à dire vrai d’en proposer un mode d’emploi pédagogique. Ces quelques réflexions constituent seulement le rappel de données qui me paraissent de nature à éclairer le sujet. En tout cas, il ne s’agit pas d’une démarche spontanée et elle implique auprès des élèves un travail de préparation auquel il n’est pas certain que beaucoup d’enseignants, quel que soit le niveau de leur enseignement, aient été préparés. Plus que de transmettre un savoir de type disciplinaire, il s’agit de mettre en œuvre un processus réflexif, pleinement interdisciplinaire, permettant verbalisation et communication. Ce processus se développe dans trois champs dont d’ailleurs les sillons sont mêlés. Concernant la dimension linguistique, il implique que soit posé d’emblée qu’il y a d’autres ressorts communicatifs que la langue, si important soit ce vecteur d’échange, et que par conséquent, il convient de partir à la découverte d’autres stratégies pour faire passer son point de vue, en prenant en compte que très souvent ces stratégies font appel à la collaboration de l’autre. Autre registre de cette préparation, le travail sur les différences culturelles qui peuvent toujours déstabiliser l’élève dans une première approche ; il évitera cette déstabilisation si on lui fait prendre conscience de l’importance d’une indispensable décentration. Cette prise de conscience passe par un travail sur son identité et toutes les formes de représentation qui la fondent, images, symboles, stéréotypes, mythes originaires, récits historiques …Découvrant les contextes, et avec l’aide de l’enseignant, les mécanismes et les logiques qui sous-tendent ses propres perceptions, il pourra mieux saisir les fondements de la perception de l’autre. Apprenant à décrypter ses propres codes culturels, il lui sera plus facile d’en faire autant avec ceux des autres. A ce plan, le travail sur les stéréotypes est particulièrement intéressant et une bonne façon de comparer les perceptions. On y ajoutera salutairement une approche critique de l’exotisme, pour éviter de renforcer cette forme spontanée de dogmatisme que nous portons plus ou moins tous en nous, fondée sur l’idée que nos croyances et manières de penser sont meilleures que celles des autres. Intéressante peut être aussi une réflexion sur le folklore et ce qu’il implique, c’est-à-dire la prise en considération des parties du tout et non du tout dans sa cohérence. A signaler à ce sujet l’intérêt que présentent les récits de voyage, d’Hérodote à Michaux, Melville ou Le Clézio. Un troisième registre, après le linguistique et le culturel, mérite aussi une vigilance pédagogique lucide : il est plus psychologique. L’expérience révèle en effet que le départ à la rencontre de l’autre, s’il suscite des attentes, fait très souvent naître des angoisses qu’il s’agira de faire émerger, si l’on veut éviter en particulier le renforcement des stéréotypes négatifs. Cela nous ramène au côté toujours risqué de l’interculturel, qui ne peut pas ne pas avoir un côté passionnel et rappelle cette réalité dont trop de discours s’éloignent encore, à savoir que, loin de toute idéologie faussement humaniste du dialogue respectueux, il faut absolument se garder ici des bonnes intentions, des savoirs tout faits ou des évidences satisfaites. Le chemin de la compréhension interculturelle est aussi long que pavé d’incompréhensions de toutes sortes. Alain Fleury

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