Emilangues

L'interculturel dans l'enseignement

Soumis par clerc le mar, 13/03/2007 - 10:16.
Version imprimableEnvoyer à un ami Dans le contexte de l'économie mondialisée, de la construction européenne, du lacis des références identitaires et des échanges entre peuples, il devient indispensable pour l'école de prendre en compte la valorisation des identités et la diversité des appartenances culturelles. Or, parmi les problèmes vitaux que les sociétés occidentales ont à gérer, figure celui de l'immigration. Seule, l'éducation peut relever le défi d'une cohabitation pacifique entre personnes appartenant à des communautés différentes. L'école est un lieu privilégié pour l'apprentissage du vivre ensemble et donc du dialogue des cultures. Mais les modèles occidentaux d'intégration imposent les normes des sociétés d'accueil. Dans le souci de faire des enfants de migrants de bons produits de l'intégration, les politiques éducatives ignorent les différences culturelles. Cette imposition des schémas culturels de l'Occident se fait au nom d'un principe d'universalité dont on n'a pas assez conscience qu'il est sous-tendu aujourd'hui par un présupposé idéologique majeur : l'infériorité de l'autre. Ceux qui ne se conforment pas à cet impératif catégorique se retrouvent en position d'exclusion. Là se trouve la justification de tous les intégrismes et de tous les replis communautaires. Dans une perspective de dialogue des cultures, il faut que la société d'accueil accepte un dépassement parfois douloureux de sa position hégémonique et se pose la question essentielle : qu'est-ce que l'autre a à nous dire ? Mais il est important d'aller au-delà de la tolérance. Il ne s'agit pas seulement d'accepter l'autre dans sa différence, comme on le répète trop. Le véritable dialogue des cultures implique qu'on accepte que l'autre nous apporte quelque chose que nous ne possédons pas, et que nous avons à apprendre de lui. Passer de la multiculturalité à l'interculturalité. Et ainsi transformer le dogmatisme monoculturel des dominants en une identité fondée sur le dialogue des différences et des richesses culturelles multiples qu'elles apportent. D'où l'urgente nécessité de valoriser les origines culturelles des jeunes issus de l'immigration, pour contrer les blessures narcissiques qui, lorsqu'elles naissent dès l'école, sont ineffaçables dans le souvenir du jeune enfant. Or, parler de la diversité culturelle, c'est reconnaître la complexité de la communication dans une société où l'information est reine et simplifie outrageusement l'essentiel, c'est-à-dire la relation entre les hommes. C'est là que l'école a un rôle majeur à jouer, celui de médiation indispensable entre tous les acteurs de cette diversité culturelle, à l'œuvre dans toutes les formes d'expression. C'est pourquoi il faut valoriser les multiples niveaux de langues. En ce qui concerne le français, en particulier, la langue classique et sa connaissance restent indispensables. Mais aussi les langues de la francophonie, c'est-à-dire toutes celles inventées et parlées de par le monde pour dire d'autres réalités et d'autres valeurs que celles de l'Hexagone. Celles aussi inventées et parlées dans les banlieues, issues de mixtes parlés, chantés, dansés, comme le rap, le slam, le hip-hop, qui montrent la vitalité d'une langue constamment maniée et remaniée par ceux qui lui apportent de multiples héritages, et ne sauraient l'enfermer dans une seule culture de l'écrit. Et jouer sur tous les registres de la communication : textes, images, graphismes etc… Jeanne-Marie Clerc, Professeur des universités émérite

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