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En section européenne de collège

Soumis par delsinne le mar, 13/03/2007 - 11:05.
Version imprimableEnvoyer à un amiMême si à l’entrée au collège la plupart des élèves ont aujourd’hui reçu un enseignement d’une langue étrangère depuis au moins une année, la sensibilisation à une autre culture est restée anecdotique, centrée essentiellement sur le quotidien de l’élève. Le jeune élève ne dispose pas encore d’une connaissance du monde et d’une capacité de mise en perspective qui lui permette d’intégrer la dimension interculturelle de l’apprentissage des langues vivantes. Dans les 2 premières années de collège, les professeurs doivent s’appliquer à élargir le champ de cette compétence naissante. Néanmoins, à l’arrivée en 1ère année de section européenne, l’adolescent, en principe intéressé par la langue étrangère puisqu’il a généralement choisi d’en approfondir la maîtrise en intégrant cette section, est encore centré sur la culture française, ne serait-ce qu’à travers les règles de fonctionnement de l’école auxquelles il est depuis toujours habitué. Celles-ci lui paraissent d’ailleurs « naturelles », et on constate à la fois un grand intérêt mais aussi une difficulté à relativiser quand il s’agit de comparer les systèmes scolaires. La première tâche de l’enseignant de section européenne va donc être d’amener l'élève à dépasser les stéréotypes pour lui permettre progressivement de relativiser son point de vue et son système de valeurs, pour finalement « établir une relation entre la culture d’origine et la culture étrangère » (Cadre Européen de Référence pour les Langues, chapitre 5). La démarche comparative s’avère souvent fructueuse, puisqu’elle permet à la fois de comprendre l’autre et d’appliquer à sa propre culture un regard extérieur qui lui donne sens. Au-delà de la confrontation binaire, elle permet d’envisager l’existence d’autres modes de perception et d’expression, qui dès lors risqueront moins d’être perçus comme étranges, voire inexplicables. Avec de jeunes adolescents, cette démarche d’ouverture peut passer par des phases d’incompréhension, plus rarement de rejet, souvent de jugements péremptoires, qui ne doivent pas décourager les professeurs. Même si elles semblent à première vue refléter un refus d’ouverture à l’autre, elles sont la plupart du temps nécessaires à une élimination progressive des clichés qui constituent, chez certains adultes eux-mêmes, la seule conscience des autres cultures. La présentation de réactions similaires d’adolescents de l’autre culture face à des habitudes françaises, en renvoyant comme dans un miroir l’image de sa propre incompréhension, a souvent un effet révélateur. On peut par exemple demander à des professeurs de l’autre pays d’enregistrer les réactions de ses élèves sur des sujets tels que : « la nourriture française », « la vie quotidienne». Entendant que « les français mangent souvent des cuisses de grenouilles et des escargots » ou « que les salles de bains sont sales en France», nos élèves se diront sans doute que la nourriture anglaise n’est peut-être pas aussi mauvaise qu’ils le croyaient, qu’il n’est peut-être pas anormal de ne pas s’embrasser pour se saluer, etc. Plus sérieusement, dans le cadre de la préparation d’un échange entre la section européenne de mon collège (4ème) et notre école anglaise partenaire, nous avons étudié le système scolaire anglais et l’avons comparé au nôtre. Quand mes élèves ont vu dans les emplois du temps anglais « religious education », ils ont immédiatement conclu, à l’unanimité, qu’il s’agissait d’une école privée, ce qui n’est pas le cas. Ceci nous a permis de revenir sur la notion de laïcité, et ils ont alors compris qu’il ne s’agissait pas d’un phénomène universel. Cela leur avait probablement été dit dans leur cours d’éducation civique, mais la mise en présence réelle d’un autre système a donné vie à ce qui n’était qu’une leçon parmi d’autres. Ce n’est d’ailleurs qu’au moment du constat sur le terrain pendant le séjour en Angleterre que la compétence interculturelle prendra réellement corps. C’est alors vraiment que gestes, comportements, expressions, habitudes, pourront acquérir une véritable signification par leur mise en contexte. Marie-Christine Delsinne, enseignante en SELO collège

Commentaires

En section européenne de collège

L'exemple donné ne visait qu'à sensibiliser de jeunes élèves de 4ème à la relativité culturelle, sans laquelle le monde actuel ne peut pas être décrypté. Il ne s'agit pas de tout accepter, bien au contraire. En ce qui concerne les droits de l'homme, le professeur d'anglais dispose de nombreuses sources illustrant le travail des enfants ou le traitement des filles par exemple, thèmes qui ne manquent pas de faire réfléchir les élèves. Dans tous les cas le positionnement exige d'abord la connaissance de l'autre. Marie-Christine Delsinne, enseignante en SELO collège

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